Ir para o conteúdo
Mostrar cesto Esconder cesto
Voltar a Blog
Tela cheia

Visites au Nouveau Monde

26 de Janeiro de 2026, 21:57 , por Débora Nunes - 0sem comentários ainda | Ninguém está seguindo este artigo ainda.
Visualizado 360 vezes

Círculo de partilha em chambalabamba

Débora Nunes et Emerson Sales

(Couple d'enseignants, chercheurs de solutions à l'effondrement de l'environnement, qui ont visité des communautés alternatives à la société qui fabrique cet effondrement : écovillages, communautés intentionnelles, tribus indigènes, lieux régénérateurs : des écolieux où un mode de vie de la déconsommation est pratiquée, aussi bien que la régénération de l'environnement)

De retour chez nous, nous sommes venus remercier profondément les laboratoires de la nouvelle humanité que nous rencontrons dans ce projet Visiter le Nouveau Monde. Nous avons effectivement vu une myriade d'innovations dans la vie quotidienne qui pointent vers une autre perspective de société : communautaire, écologique, égalitaire, démocratique et plus liée au sacré. Dans ce texte, nous parlerons brièvement de ces innovations observées dans près de cinquante éco-lieux que nous avons connu dans près de vingt pays. Nous ressentons le besoin de remercier le courage qui a conduit ces personnes inspirées à créer et à perséverer dans les rêves qui ont permis à ces lieux d'exister. Des gens inquiets et courageux qui, pendant des années ou des décennies, ont décidé qu'ils pouvaient créer une nouvelle société à une échelle démonstrative et s'y engager avec persistance. Merci pour l'espoir que vous avez répandu !

Ces gens sont sortis de l'analyse critique du monde tel qu'il est, de la plainte, et ont décidé de construire, comme Mahatma Gandhi l'a suggéré, ce qu'ils voulaient voir dans le monde. Prendre ses responsabilités, retrousser ses manches et le faire de ses propres mains est une attitude adulte rare dans ce monde d'adolescents, où la responsabilité de changer est toujours déléguée aux autres. Choisir de construire des rêves collectivement est un autre choix rare face à la société de chacun pour soi, de la poursuite de la réussite individuelle et dans laquelle les gens ont de plus en plus de difficultés à vivre ensemble, en famille, en couple, en groupe. Les communautés que nous visitons vont à contre-courant du consumérisme, de la concurrence, de la concentration du pouvoir, de l'aliénation, et pour cette raison elles sont admirables.

Ces expériences contrastent fortement avec la position des personnes qui critiquent le "système", les élites, la vie telle qu'elle est, mais restent accommodées, comme si elles ne pouvaient rien faire, même dans leur univers personnel et familial. Le monde s'effondre sur de nombreux fronts, mais la plupart continuent à vivre de manière ancienne, totalement inadéquate pour la guérison nécessaire. Il y a aussi ceux qui critiquent et retroussent leurs manches dans la lutte politique contre ce avec quoi ils sont en désaccord, et ces gens sont vaillants. Mais ceux que nous connaissons tout au long de ce projet vont plus loin, ressentent dans leurs tripes l'attrait de construire le nouveau, portent en eux une énergie différente, sont des graines sacrées qui surgissent et offrent un avenir meilleur à l'ensemble de l'humanité.

Parce que nous connaissons tant d'initiatives du même genre qui sont restées sur le chemin, renonçant à la tâche herculéenne qu'elles se sont fixée - rendre le monde meilleur ici et maintenant - nous percevons la persistance de ceux qui continuent à construire le rêve comme un courage héroïque. Persister exige de l'honnêteté et une profonde humilité pour faire face aux erreurs et aux échecs sans les nier et en essayent de les corriger. Au même temps, la persistance exige une immense confiance, en soi et dans la communauté, pour faire face aux pressions extérieures et internes sans renoncer. Vivre ce paradoxe humilité/confiance en soi n'est ni facile ni commun, c'est la preuve d'une grande valeur personnelle. Nous sommes venus ici pour vous exprimer notre profonde gratitude pour vous être exposés, souvent tout au long de votre vie, avec un cœur ouvert, au défi de vous interroger quotidiennement sur le rêve que vous êtes en train de construire. Et se réinventer et continuer d'essayer.

S´il y a quelque chose qui se démarque dans les expériences que nous avons connu c´est l'authenticité. Contrairement au vieux monde qui valorise tellement le succès qu'il simule de grandes réalisations, affiche de faux sourires, incorpore de faux ongles et cils et de faux cheveux noirs, montre des muscles disproportionnés et feint des joies, votre honnêteté est un baume. Dans chaque conversation profonde que nous avons eue, dans chaque interview que nous avons faite, nous avons ressenti l'authenticité et nous avons pu prouver autour de nous la vérité de ce qu'on nous disait. L'honnêteté des communautés dans la construction de leurs rêves dépendait toujours des impulsions d'origine de ces lieux : vivre sans faire semblant, se regarder avec courage en évitant les masques si confortables. C'est un désir continu de marcher davantage pour pouvoir s'adapter, bien faire les choses, s'améliorer. Contrairement à ces choix avec le monde faux qui nous entoure, vos réalisations prennent une stature encore plus grande.

Un merci particulier doit vous être adressé pour les progrès réalisés dans les pratiques démocratiques de la vie quotidienne. Il y a beaucoup d'inventions, beaucoup d'essais et d'erreurs dans ce domaine, dans une profusion d'expériences dans lesquelles la sociocratie se démarque. Alors que dans le monde qui prétend être démocratique, la politique succombe au pouvoir de l'argent, les gouvernements sont perdus dans l'immédiateté électorale et les convictions démocratiques sont perdues dans le ressentiment et la xénophobie, les communautés que nous visitons sont engagées dans une démocratie dynamique et inclusive. Vous avancez dans l'étude d'autres formes d'inégalité qui entravent le partage du pouvoir, en plus des plus courantes, économiques et éducatives. Et elles et ils se demandent : le genre donne-t-il des privilèges ? Âge ? La nationalité ? La capacité de s'exprimer oralement ? Des sources d'inégalité plus subtiles qui cherchent à combattre pour que le pouvoir et la responsabilité vont de pair et que le pouvoir soit un service, bien plus qu'un privilège.

Pour nous, vous construisez la démocratie participative de demain, compétente, efficace, inclusive, et vous inspirez de nouvelles communautés et de nouvelles villes qui se posent le défi de la participation citoyenne. Nous avons vu que ce thème est souvent aussi une source de frustration, de sentiment d'impuissance face aux incompétences collectives et personnelles, mais observez, une démocratie saine est une très grande ambition et une réalisation exceptionnelle dans l'histoire humaine. Il est nécessaire que le temps prenne sa stature, que les générations réussissent à une amélioration continue afin qu'une étape soit atteinte qui laisse les gens vraiment satisfaits de la démocratie qu'ils connaissent. Il y a tant de millénaires de vie autoritaire à surmonter, tant d'obstacles à l'égalité du pouvoir, tant de peines à guérir... Vous faites déjà ce que vous pouvez.

Ce texte était motivé par le désir de remercier et de raconter brièvement un peu ce que nous avons vu, mais aussi par l'observation répétée que lorsque vous compariez le projet original de la communauté avec la réalité vécue, il y avait toujours une certaine déception. Face à l'avancée des idéologies arriérées, des projets abusifs contre la civilité que représente l'extrême droite, célébrer des communautés alternatives, c'est renforcer un champ politique humaniste et généreux qui honore la tradition de la gauche. Nous imaginons que pour vous, comme le dit Eduardo Galeano, l'utopie est toujours en avance, c'est une ligne à l'horizon où vous voulez atteindre. Et peut-être parce que vous travaillez sans relâche, que vous accomplissez vos objectifs et que vous voyez la ligne d'arrivée toujours plus loin, vous avez parfois perdu de vue tout ce que vous avez déjà accompli. Même dans le cas d'expériences plus récentes, l'intensité du dévouement et les immenses difficultés rencontrées peuvent conduire à diluer la dimension de la célébration. C'est pourquoi nous avons dit où nous sommes allés: la plus belle réalisation est la continuité. C'est la persistance dans le rêve qui donne de l'espoir concret, c'est elle qui montre la voie.

Pour cette raison, nous proposons de voir plus que jamais les communautés intentionnelles comme des laboratoires de recherche. Comment les grandes découvertes qui ont libéré l'humanité de la douleur physique, des maladies mortelles, par exemple, ont-elles été faites ? Dans les laboratoires, où l'on cherchait, on persistait, on faisait face à des erreurs de courage et on nourrissait la flamme de l'espoir avec de petites avancées qui conduisaient, à long terme, à de grandes réalisations. Vous êtes des laboratoires qui cherchent la guérison du cœur et de l'âme humains. Avec un esprit sain et un corps sain, grâce à une vie simple et pleine de sens, des habitudes saines et des traitements naturels et ancestraux, vous allez plus loin dans la recherche de solutions aux douleurs du cœur causées par les relations humaines problématiques. Pour les douleurs de l'âme, vous cherchez à rétablir les liens avec le Sacré, au-delà des religions qui se sont tant trahies au cours de l'Histoire. Sans dogmes, vous faites appel à l'aide de Mère Nature, du Mystère, car vous savez que nier cette dimension de la Vie est un non-sens de la modernité.

Nous avons pu constater, face à la grande diversité de ce que nous avons vu, l'esprit de laboratoire, de recherche pratique, de se permettre d'être le cobaye de l'expérience collective. Comme dans les laboratoires, où les théories ne se révèlent souvent pas complètement dans la pratique, il y a toujours le désir de se réinventer avec chaque erreur, de revoir le point de vue initial, de chercher à évoluer avec le rêve qui se construit. À chaque découverte de contradictions, à chaque confrontation de malentendus, ces communautés ont cherché et cherchent à ajuster le rythme. Avec courage et humilité, vous vous exposez à des discussions en cercle, dans des forums, de manière infinie, en vous confrontant les uns aux autres, sachant que les autres sont les miroirs de leurs propres contradictions. Vous vous mettez à nu, vous vous énervez, vous souffrez, vous vous disputez, vous vous pardonnez et vous cherchez de nouveaux arrangements.

Alors que dans l´humanité immergée dans l'ancien monde même les personnes les plus riches et les plus instruites essaient de signaler un ennemi extérieur et se perdent dans la folie ultime de la préparation à la guerre, les communautés alternatives que nous visitons savent que le grand ennemi est interne. Ou plutôt, le grand maître qui nous fait évoluer est à l'intérieur, et ils et elles cherchent d'abord en eux-mêmes les sources de discorde pour trouver des moyens de guérison et d'harmonisation. Dans la philosophie holistique que ces communautés nourrissent, ce qui est à l'intérieur est à l'extérieur, et notre seul gouvernement concerne ce qui est à l'intérieur, les individualités personnelles et communautaires. Et qu'il y ait de la créativité pour évoluer, pour rester ensemble, sachant qu'en se guérissant intérieurement, on guérit le monde, au moins un tout petit peu.

Qu'il y ait de la compassion dans chaque éco-lieu pour regarder le monde s'effondrer, s'autodétruire dans le changement climatique, dans le chômage structurel renforcé par l'intelligence artificielle, dans les guerres pour le pouvoir et l'argent, dans la séduction du pouvoir autoritaire. Ce sont des communautés pacifistes, qui s'engagent dans des luttes sociales pour l'émancipation des opprimés en général et de la grande opprimée du système : la Nature et sa fibre féminine, de celles qui donnent la vie. Entre pacifier x combattre, la philosophie holistique, quantique et systémique est l´amie de la complexité, et chaque personne qui choisit de construire un nouveau monde est tout le temps invitée à sortir de ses certitudes et à embrasser le contradictoire, le complexe, l'inattendu.

Et ce monde extérieur regarde parfois les communautés avec suspicion et les combat souvent avec acharnement. Ce sont des exemples subversifs dans tous les sens du terme, ils brisent les tabous, ils dérangent, ils font que les gens se remettent en question. Et les communautés alternatives se défendent, mais cherchent des opportunités de rapprochement avec l'environnement. En construisant des alliances avec des secteurs plus progressistes, avec des secteurs sociaux avec lesquels ils ont des partenariats, ils essaient de ne pas s'isoler, même avec tant de différence, même avec tant de travail à faire en interne. Ils ne réussissent pas toujours et beaucoup sont critiqués pour être une bulle. Il y en a peut-être beaucoup, mais rendons-lui justice : équilibrer l'authenticité et la diplomatie avec le vieux monde est un énorme défi. Jetez la première pierre qui pense qu'elle le ferait sans difficulté...

De nombreuses communautés connaissent aujourd'hui une nouvelle contradiction, qu'elles auraient difficilement pu prévoir : les questions des nouvelles générations à ce qui a été créé par la précédente. Le temps passe, les filles et les fils grandissent, les jeunes arrivent dans les communautés, ravis de la possibilité de découvrir de nouveaux mondes. Le fait que ces nouvelles générations vivent déjà dans un univers sociétal différent - et n'aient pas à affronter le monde à partir de zéro - leur permet de voir encore plus clairement les contradictions de l'ancienne génération. Et ils sont encore plus aigus dans la demande de cohérence, d'approfondissement de la rébellion originelle, face à de nouvelles contradictions qui apparaissent comme on avance. Mais le fossé entre les générations n'est pas le privilège de l'ancien monde, il s'est toujours produit et continuera de se produire, parce que chaque génération a de nouveaux défis. Et c'est pourquoi la sagesse ancestrale des peuples indigènes a géré la discontinuité avec des rituels qui honoraient l'antiquité et en même temps l'impulsion de la vie qui veut toujours être renouvelée.

À l'heure actuelle, les nouvelles générations peuvent être cruelles envers les plus âgées, qui se sentent dépourvues de la force nécessaire pour avancer comme les jeunes le souhaitent. Ceux qui se sont structurés pour avoir une confiance infinie dans le projet, pour persister, souffrent lorsqu'ils sont interrogés tout le temps. Sans la médiation de la tradition rituelle des " rites de passage ", l'impulsion du nouveau qui doit être utilisée par la communauté pour maintenir en vie la flamme du projet initial peut devenir destructrice ou au moins causer beaucoup de tristesse. Il appartient à la nouvelle génération de réaliser le privilège qu'elle a reçu de la construction de ceux qui l'ont précédée, et de savoir attendre leur heure, en maintenant son rôle de promotion du renouveau, qui viendra inexorablement, mais en respectant et en révérant toujours la génération précédente. Il appartient à la génération des fondateurs de comprendre que le rêve initial ne restera vivant et renouvelé que si les jeunes se sentent en partie et ne sont pas repoussés. Et que les chamans soient appelés pour ritualiser la transmission sans ruptures, ce qui nécessite la sagesse des deux générations.

Synthèse de ce que nous avons vu dans le Nouveau Monde

La culture soutenue dans le temps est basée sur la continuité et l'innovation progressive et l'un des fondements de la tradition qui ritualise le passage est la reconnaissance de la culture construite dans chaque communauté. Et comment elle est ancré dans le passé, dans celles et ceux qui sont venus avant et sont les gardiens du but originel, qui sera renouvelé dans les nouvelles générations. Nous voulons souligner ici quelques constantes culturelles que nous avons vues dans ces éco-lieux, qui, même si elles sont incroyablement diverses, suivent des chemins similaires. Jouons une promenade dans une synthèse communautaire régénératrice de tout ce que nous avons vu, comme un moyen d'honorer ce qui a été construit et de remercier concrètement ses fondatrices et fondateurs. Nous espérons que cette tournée dans le Nouveau Monde que nous avons vu pourra stimuler les gens à chercher à transformer leur environnement eux-mêmes. C'est l'objectif de l'ensemble du projet Visiter le Nouveau Monde. Mais peut-être qu'une vision large de ce qui a été accompli peut aussi calmer l'impatience des jeunes face à la lenteur des changements dans les communautés dans lesquelles ils vivent. Ce serait également formidable si ce texte pouvait, dans certains cas, apaiser l'angoisse des gens plus âgées face à l'impatience des jeunes qui les critiquent après une vie passée à essayer tant bien que mal de faire les bons choix...

La première chose que vous voyez en vous approchant d'une communauté alternative est l'exubérance de la Nature. Dans de nombreux cas, les pionnières, après des décennies de travail, ont transformé un désert en forêt, comme dans l'expérience d'Auroville (Inde). Ce que l'on voit partout, c'est que la biodiversité prospère, que les zones forestières augmentent, que des zones naturelles intactes sont établies, que l'eau se multiplie et que l'air est pur, même dans les communautés urbaines, comme Ecovila Maria (Brésil) ou Christiania (Danemark). C'est le résultat d'une culture de régénération, constante dans tous les éco-lieux que nous visitons. La reconnexion avec la Terre Mère, élément clé pour relever le grand défi humain qui consiste à protéger la vie aujourd'hui, est embrassée avec ferveur, au quotidien, sans hésitation. Ce sont les choix quotidiens simples de nourriture, de consommation et de gestion des déchets des communautés qui soutiennent les résultats.

Nous avons vu que chaque éco-lieu a trouvé son moyen d'expulser la chimie qui tue le sol et de remettre les déchets de la vie quotidienne au service de sa nutrition. La permaculture, ou culture de la permanence, si présente dans Crystal Waters (Australie) qui rétablit les cycles et voit l'ensemble, est largement utilisée et encouragée, par exemple par la gestion des ressources naturelles, la bioconstruction, l'installation de toilettes sèches, diverses formes de compostage et de recyclage, et même par la réinterprétation des modes indigènes amazoniens de production de la Terra Preta fertile, comme dans Sítio do Futuro (Brésil). La production alimentaire, qui est présente à plus petite ou plus grande échelle dans toutes les communautés, se fait de manière bio et dans la Chacra Rizoma (Argentine) est la principale source de revenus des participants, ou le ciment principal de la communauté comme dans le Chant des Cailles (Belgique). Des agroforesteries à la production variée de légumes, de fruits et d'herbes sont très présentes, comme dans la charmante Ferme du Bec Helloin (France) ou dans l´Ecovila do Altiplano (Brésil). Cette dernière a également établi, comme dans d'autres cas, un partenariat avec les acheteurs directs des produits, dans un système intitulé CSA au Brésil, Communauté que soutient l´Agriculture (AMAP).

Dans cette régénération des biomes originaux, les communautés ont trouvé des moyens d'accumuler et de produire plus d'eau et de purifier les eaux utilisées, comme à Findhorn (Écosse). Ils plantent, soignent, créent des lacs incroyables comme à Tamera (Portugal), des fossés qui conduisent l'eau pour qu'elle reste au sol, construisent des réservoirs, protègent les sources, comme à Flor de Ibez ou Angatu (Brésil). Les espèces indigènes sont prioritaires dans le reboisement, les jardins sont plantés, comme à l'Institut Terra  de Sabastião e Leila Salgado (Brésil), il y a des jardins partout, comme dans le Eco Truly Parc (Pérou). Comme les peuples ancestraux que nous avons visités (Mapuches en Patagonie argentine et Paiter Suruí en Amazonie brésilienne), les gens qui ont soutenu cette régénération dans les écovillages se rendent compte que la Nature est sacrée, que nous sommes la Nature. Cette perception est la source de la guérison environnementale ("l'avenir sera ancestral, ou il ne le sera pas", comme le dit l'auteur indigène brésilien Ayrton Krenak) et est mise en pratique par les communautés alternatives de manière cohérente. Il appartient aux jeunes qui apprécient cet environnement régénéré de s'engager à le développer, à approfondir cette réalisation et à la diffuser largement dans le monde entier.

La deuxième grande différence de l'ancien monde individualiste, lorsque nous nous approchons des communautés alternatives, est la présence d'un véritable sens de la communauté, qui se manifeste principalement dans des espaces collectifs (de convivialité, de résidence, de travail, de culture, de nourriture, de démocratie). À Longo Mai (France), même l'économie est partagée et surprend par la longévité et l'engagement profond des participants en faveur du partage total des ressources. Il existe des infrastructures techniques communautaires, le plus souvent réalisées de manière beaucoup plus respectueuse de l'environnement que les infrastructures traditionnelles: installations énergétiques (solaire, éolienne, mini-centrales hydrauliques, géothermie) ; routes en terre ou en sol-ciment, blocs imbriqués, comme dans le complexe Ecovilas da Cafuringa (Brésil) ; gestion propre de l'eau sans chimie, comme beaucoup de collecte d'eau de pluie, captation des sources, réservoirs qui permettent de faire face aux périodes de sécheresse, comme dans l'écovillage Alto Lindo. (Brésil). La dernière nouveauté est la production de combustibles écologiques, comme un processus naissant qui peut débarrasser les communautés de l'ancien monde du pétrole (Auroville - Inde, et Sítio do Futuro - Brésil).

Les cuisines et cafétérias communautaires sont omniprésentes. La grande majorité des écovillages sont végétariens, ce qui reflète leur engagement envers l'environnement et leur compassion pour les animaux. Différentes formes de gestion de la cuisine sont présentées, mais dans la plupart des cas, il y a un partage des tâches dans lesquelles les membres de la communauté produisent à tour de rôle d'excellents aliments biologiques, comme à Zegg (Allemagne), avec de nombreux intrants autoproduits. Les cafétérias sont des points de rencontre et de convivialité qui renforcent le sens de la vie commune et la nourriture partagée de haute qualité nourrit l'âme et réduit le coût de la vie de tous. Il est difficile de mettre en valeur une seule cuisine communautaire, car elles sont toutes émouvantes, et pour cela nous mentionnerons la plus grande de toutes celles que nous avons vues, celle d'Auroville (Inde), qui peut servir jusqu'à 2000 repas par jour, et la plus pittoresque, une cuisine en plein air qui sert en été à la communauté de Sainte Camelle (France).

Les espaces de production collectifs avec des outils, des équipements et des intrants appartenant à la communauté sont très courants. La production de biens dépend de la vocation économique de l'écovillage : il existe artisanat diverse, des petites agro-industries, comme de l'huile d'olive, fromages et pain de blé entier, comme à Los Portales (Espagne) ; la production de médicaments et de cosmétiques avec des produits locaux comme à Chambalabamba (Équateur), le miel, les gelées, la congélation ou le séchage des fruits comme à Permatopia (Danemark), une petite industrie basée sur le recyclage des métaux, comme à Songai (Bénin)  dans une grande diversité productive pour la vente externe. La production pour l'autoconsommation, en plus de la nourriture, est très courante, de même que la récupération d'objets. Il existe des ateliers de menuiserie pour la fabrication et la réparation de meubles, des ateliers de menuiserie, des ateliers de véhicules (en particulier des bicyclettes), la petite métallurgie, des entrepôts pour l'échange de biens d'occasion. Avec cette production collective, les communautés cherchent à être aussi autonomes que possible, à générer des revenus, à réduire les coûts et à maintenir une faible consommation.

L'art, la culture et la formation sont le troisième point fort des écovillages, valorisant un aspect que le vieux monde privilégie peu, dans son désir de consommation de biens matériels. De nombreuses communautés ont leur principale source de revenus provenant de cours liés à leurs modes de vie : la permaculture, les différentes techniques de gouvernance communautaire, la bioconstruction, les thérapies alternatives et les expériences qui intègrent bon nombre de ces techniques. À Glarisseg (Suisse), il y a un bâtiment très bien équipé pour la formation, avec d'immenses salles de classe ; à Piracanga (Brésil), il y a un parc d'hébergement tropical très beau et bien construit pour les participants des cours, dans le camp Contestado du Mouviment des Sans Terra - MST (Brésil), il y a une école internationale d'Agroécologie.

L'infrastructure culturelle attire l'attention sur les communautés qui parfois n'atteignent pas 100 habitants et disposent d'espace pour accueillir des centaines de personnes. C'est le cas de Fazenda Plenitude (Brésil), Matavenero (Espagne), Chambalabamba (Équateur) dans laquelle un théâtre en plein air est le point central d'une communauté composée à l'origine d'artistes. Les performances artistiques, généralement gratuites, attirent un large public externe dans de grands auditoriums tels qu´en Auroville (Inde) et Findhorn (Écosse). L'art est présent dans tous les éco-lieux visités et à Arca Verde (Brésil), la beauté est visible depuis la bioarchitecture des résidences et des espaces collectifs jusqu'aux panneaux de signalisation de l'écovillage ; à Damanhur (Italie), le Temple de l'Humanité, souterrain, impressionne par sa beauté et sa grandeur ; à El Nagual (Brésil), l'ensemble des mosaïques laisse une empreinte joyeuse dans la mémoire. L'infrastructure pour les fêtes, comme à Tamera et Zegg, montre le désir de célébrer la vie, de danser, de faire de la place pour flirter et de nourrir la joie d'être ensemble. La place musicale de Crystal Waters (Australie), avec ses immenses instruments de musique à la disposition de ceux qui veulent jouer, est un autre souvenir inoubliable du Nouveau Monde, ainsi que l'organisation de résidences artistiques pour stimuler un art lié à la régénération de la Nature, offertes à Terra Una (Brésil).

La dimension de la faible consommation est le quatrième point fort qui fait de ces espaces visités un nouveau monde. Consommer peu n'est pas strictement lié à la restriction financière, c'est un choix idéologique de rechercher une sobriété heureuse qui se révèle dans les espaces, dans les bâtiments, dans la façon de s'habiller, entre autres. Pour réduire l'empreinte écologique de la communauté, c'est-à-dire la marque que les gens laissent dans le monde pour leur mode de vie, plusieurs techniques sont utilisées. De nombreux équipements appartiennent collectivement, il existe des services que tout le monde utilise, tels que des blanchisseries communautaires, des toilettes publiques et des saunas, les cafétérias déjà mentionnées. L'échange de biens usagés est également constant et, dans de nombreux écovillages, il existe même des "magasins" spécifiques pour cela, où de vêtements, d'appareils, de meubles, d'ustensiles sont mis à disposition dans un espace pris en charge par la communauté afin que les personnes qui en ont besoin puissent y aller et le ramasser gratuitement.

Le cinquième thème qui se démarque est la culture du féminin et le développement d'une spiritualité laïque. Les façons dont chaque communauté cherche à surmonter le patriarcat sont variées : politique, artistique, sexuelle, économique, comportementale, mais aussi spirituelle. Le fait est que l'on vit dans des espaces où l'égalité des sexes est beaucoup plus grande, où les femmes ont leur espace légitime et où elles sont généralement majoritaires et ont un poids politique exceptionnel. La douceur masculine est en construction dans ces expériences comme dans peu d'autres endroits sur Terre et alors les hommes pleurent, ouvrent leur cœur, n'ont pas besoin de donner le dernier mot, ni de parler plus fort. Puisque les forces sacrées primordiales sont dans un état de plus grand équilibre, sans la domination du Yang sur le Yin, la multiplicité des choix affectifs devient naturelle. Et ainsi fleurissent les comportements non binaires, affectifs, émotionnels, sexuels, comme au Terramirim (Brésil). Ce thème si cher aux nouvelles générations peut se développer et dépasser de loin les réalisations des générations précédentes.

De ce choix pour une vie plus intériorisée, si naturelle de la force Yin liée au féminin, rend toujours présents les lieux de culture du sacré. Généralement immergé dans la nature, comme le temple chamanique en plein air de Cabrum (Portugal), mais qui peut aussi être des espaces d'un grand impact visuel dans la communauté comme le Matrimandir à Auroville (Inde), ou les temples sous la forme de "vraiment", dans le parc EcoTruly. Cette spiritualité non religieuse, œcuménique et intégrative est une expression puissante de la vision du monde changeante qui perçoit la réalité comme matière et énergie et valorise la partie vibratoire de la réalité, y compris les pensées, les émotions, la dimension subtile de la vie. Cette même vision du monde perçoit clairement l'interdépendance entre les êtres humains, entre eux et le reste de la Nature, et l'unité de tout, apprenant progressivement à percevoir les complémentarités des opposés, sortant de la séparation.

Le dernier thème à commenter, le sixième, est une conséquence de tout ce qui a déjà été décrit et concerne la recherche de la vie dans l'autogestion, la réalisation d'une bonne gouvernance collective. Dans chaque communauté que nous traversons, nous assistons ou entendons parler de moments récents de réunions qui montrent un engagement à rester et à évoluer ensemble. Dans les communautés, il y a toujours des documents co-construits qui synthétisent le projet, qui ont parfois évolué pendant des décennies, reflétant l'histoire collective et qui témoignent de l'effort d'être ensemble de manière autogérée. On observe dans l'infrastructure matérielle un témoignage du succès des investissements collectifs réalisés au fil du temps.

Pour que la gouvernance participative existe, l'une des caractéristiques les plus importantes des personnes de ces communautés est la présence : le courage de s'ouvrir à la transformation personnelle afin que les conflits puissent être gérés. Pour cela, la connaissance de soi et la capacité de pardon, de soi-même, des autres et des autres, sont très importantes. Cette prémisse reflète le désir d'aider la communauté à surmonter les malentendus, l'impulsivité qui peut blesser, les mouvements égoïstes... et ainsi apaiser les désaccords apparemment inconciliables et persister dans le projet. Ainsi, si nous devions choisir une seule image pour exprimer le Nouveau Monde que nous avons visité, ce serait le cercle de discussion communautaire, en plein air ou dans l'auditorium, dans ses moments rituels, dans les votes, ou dans l'écoute profonde d'une autre personne. Il y a le destin de la communauté, ainsi que les milliers d'actions quotidiennes qui construisent les réalisations que nous avons eu le plaisir de visiter. 

 

Deboraemerson


0sem comentários ainda

    Enviar um comentário

    Os campos são obrigatórios.

    Se você é um usuário registrado, pode se identificar e ser reconhecido automaticamente.

    Cancelar